dimanche 3 septembre 2017

Le texticide

J'aurais pu dire que j'ai constaté avec grand plaisir que France Culture a recommencé sa mission humanitaire d'été. Le thème de cette campagne a pour slogan " Même les gols peuvent comprendre la philo, la preuve Michel Onfray vous l'explique". 

Il en va un peu de la philo comme de la spiritualité à la Mathieu Ricard et autres moines de supermarché avec ouvrages en têtes de gondole, pour deux boîtes de sardines achetées, " Zevaibientouvabien" de Christophe André offert. Mais enfin, il faut bien des goyim pour tenir le commerce de détail, et des vulgarisateurs pour conforter le bourgeois dans ses inquiétudes.

Ce serait drôle si ce n'était pathétique, comme d'habitude, si ce brave homme avait conservé la capote du philosophe, c'est à dire la première précaution hygiénique, celle de douter avant que de véhiculer ses préjugés sur la structure de l'univers et de la réalité, au sujet desquels il n'est pas plus avancé que quiconque, rassurons nos auditeurs.
Le philosophe normal n'en sait guère plus que la moyenne, mais au moins il en doute. Le contre-philosophe, lui, a oublié le principe élémentaire qui est de se dire " Je ne connais rien de la façon dont l'univers est fait, je ne sais rien de plus que mes semblables sur ce qui se passe avant et après la vie, et donc je me tais". 
Freud a rangé depuis longtemps les préoccupations spirituelles au rang des consolations, il n'y a aucun doute là-dessus, on l'a lu. Maintenant pour ce qui est du fonds, personne n'en sait rien, et là où vont les NDE, Onfray n'a rien à en dire de plus que les autres.

Bref, j'aurais pu dire cela mais je m'en fous.

J'aurais pu dire que je me demande si aimer quelqu'un, ce n'est pas avoir une immense faiblesses pour ses défauts. Amoureuse, vraiment amoureuse, ce ne sont pas les qualités de l'autre qui me fascinent mais ses failles, ses ornières dans lesquelles ils tombent, obstination que j'ai moi la faiblesse de prendre pour de la grandeur.
Parce que quelque chose quelque part, l'une de leurs dimensions résonnent en moi. Peut-être parce que j'aimerais en être la cause, ou l'objet.
Ou parce que je rêve d'avoir ce défaut. C'est ce qui jette de l'huile sur le feu des scènes de jalousie, ce " mais qu'est-ce que tu lui trouves ? "
Car bien sûr quelque part inconsciemment, on voit le piège. On voit bien que ce qu'on aime est un défaut, qu'on est fascinée par le côté abîmé du fruit, qu'on envie l'abeille qui s'en repaît sans complexe.

J'aurais pu dire cela mais je m'en fous.

J'aurais pu dire que l'amour, comme le disais si bien Lacan d'autre manière, c'est quelque chose qui n'est jamais retourné. Sans doute parce qu'en première instance, la demande vise, avec une inexplicable intelligence des lieux, ce que l'autre ne peut pas donner.
Pour maintenir la tension du désir, l'amour va viser précisément cette région de faiblesse, cet endroit où l'autre, s'il donnait droit à la demande, se sentirait changé.
C'est pour cela que les religions demandent aussi que l'amour de Dieu se plie à ce " qu'Il croisse et que je disparaisse". L'amour mystique est ainsi exclusif des autres, comme l'Amour.

" Ce qu'il ne peut pas me donner ". Voilà ce que je veux, et qui sera, dans les amours de bas-étage, assimilé au sexe, et suffit à maintenir la tension bien assez longtemps pour que la fonction de reproduction y remplisse sa mission.

A la marge de cela, il y a la morale. Les Bonnie & Clyde, tout le romantisme de ceux qui brûlent la vie par les deux bouts. Et puis encore  la marge, un peu plus de morale, ou un peu moins. J'ai vu des gens dénués de morale. En fait, ce n'est pas plus drôle que le reste.
Ce n'est pas de voir brûler le bâtiment qui est jouissif, c'est d'y mettre le feu. Ensuite, détruit pour détruit, que ce soit détruit par la lente déréliction de la vie convenue ou bien par la brutale abolition de la folie, aucune importance.

Il y aurait bien un couple de divinités, se perdant dans cette damnation. Le désir nous domine, la tension du fantasme nous tire toujours plus loin, comme le coureur de Marathon, il nous livre à une course qui nous épuise.

Le désir est un poison dont on se verse à soi-même de grandes lampées, parce qu'on aime aussi son défaut, cette capacité de nous brûler la gorge, de réduire notre temps en cendres, notre vie à néant. Il tire le miroir que nous suivons hébétés.

J'aimerais avoir tes défauts, et ta compagnie me donne l'illusion que je vais devenir toi, illusion de l'identification, mimesis, mais quelle alchimie secrète a présidé à cette adhésion ? Quelle décision nous y pousse ? Pourquoi ressembler à ce qu'il y a de mal et de faible en toi, à ce que je sais être mal et faible ?

Comme si le secret état caché là, dans tes yeux clairs, dans une défaite toujours plus prononcée. Comme si la vraie victoire était ma propre destruction, que je m'humilie pour qu'il augmente, quoi ? Le dieu Amour.


J'aurais pu dire cela, mais je m'en fous.

Suite à une émission d'Adèle Van Reeth (1), j'aurais pu dire que le débat sur le transhumanisme est décidément bien délicat. On pourrait dire que ce qui manque à un robot, c'est la conscience, au sens où, si l'on vous demandait de blesser un enfant, vous répondriez quelque chose comme : " En conscience, je ne peux faire cela", ou bien encore " Je ne peux pas, j'ai une conscience". La conscience morale, donc.

Après Frankenstein, la série des Terminator avant abordé cette question. Si on lui tourne l'interrupteur sur " kill", le robot tue sans se poser de question, et sans possibilité de regard. Il ne peut se changer lui-même. Un robot peut-il décider de désobéir s'il estime que ce qu'on lui demande de faire n'est " pas bien " ? Mais les soldats nazis dans les camps de la mort le pouvaient-ils ?
Et plus près de nous, un policier anti-émeute dans une dictature le peut-il ?

Le robot nous survit dans bien des circonstances, et on ne sait pas qui le contrôle, voilà les deux racines de la peur qu'on peut légitimement éprouver à son égard. Quelqu'un qui vous survit vous contrôle quelque part. Donc vous ne savez pas qui contrôle celui qui vous contrôle et cette sujétion est anxiogène.

Comme d'habitude, le problème se réglera par un manque de régulation, et les robots seront là avant qu'on nous ai donné le loisir d'en discuter.


J'aurais pu dire cela, mais je m'en fous.

J'aurais pu dire que je viens d'apprendre à l'occasion de la rentrée que, dans les collèges, les enfants peuvent demander à déplacer les cours si cela les arrange. Comme d'autres personnes ont aussi ce pouvoir, le bureau du proviseur adjoint est transformé en salle des réclamations, en bureau des plaidoiries pour manque de respect et autres faits de délinquance mineure.

Les locaux de l'administration servant à gérer les doléances de chacun en matière de confort (rappelons au passage que les élèves ont maintenant la possibilité d'exprimer des choix quant à la présence de tel de leur camarade dans leur classe lors de sa composition...) se transforme en cour des miracles.


Ce que je veux dire par là, c'est deux choses. La première c'est que les moyens techniques ouvrent la voie aux changements de mœurs. Si le proviseur ne pouvait pas, via les réseaux électroniques, diffuser la nouvelle de changement d'horaire de cours, que les élèves consultent à l'heure où ces derniers devraient dormir, le proviseur n'aurait pas le loisir de changer les horaires de cour la veille.

La seconde, c'est que lorsqu'on les interroge sur les raisons de ces changements d'horaire, les élèves répondent que c'est pour tasser les cours lorsque des trous se créent. Cela me permet de revenir au gain de temps procuré par le progrès et ses techniques.

Les vendeurs de progrès ont toujours vanté le gain de temps apporté par leurs technologies. Ce qui m'intrigue, c'est que si on mettant bout à bout le temps que nous ont fait gagner la voiture, l'ascenseur, le téléphone, l'ordinateur, Internet, le smartphone, le déplacement de cours express propagé par Twitter, on devrait avoir un tel temps libre cumulé qu'on verrait les gens dormir toute la journée sur la pelouse.

Or il n'en est rien. Ils sont toujours à la bourre sur tout. Que font-ils donc de tout ce temps libre ?
Eh bien ils regardent des Youtubeurs leur expliquer par le menu pendant des heures les quelques conseils qu'un manuel de morale expose en quelques lignes. Mais cela évite d'apprendre à lire, j'avoue. Encore du temps de sauvé.

Ces chamanes des temps modernes, qui dictent aux jeunes filles la couleur de leurs pompes et de leur maquillage, qui disent aux garçons ce qui craint et ce qu'il faut faire domestiquent à eux seuls, gentiment dans leur coin sans qu'on s'en aperçoive, des millions d'ados planqués sous leur couette la nuit.

Ces semi-crétins sortis de rien distillent leurs précieux conseils sous forme de banalités qui se veulent décontractées, d'opinions convenues qui ne véhiculent que les préjugés du temps, c'est pas cool d'être homophobe, faut avoir les mocassins à la mode et les cheveux courts, pien tékachés zur la nuqueee et les danbeee, genre jeunesse hitlérienne, si ce n'était la barbiche proprette.

Ils décident qui est beauf et qui ne l'est pas, ce qui se fait ou pas, tout en restant soigneusement dans le conforme sans un poil qui dépasse pour ne pas se faire virer de Youtube. Les pseudo-guerres de clash ne sont que des conflits d'audience, jamais d'idéologie, puisque le conformisme règne.
Ces crétins regardent sagement sur leur smartphone des vidéos leur expliquant que leurs joujoux technologiques  détruisent leur planète mais peu nous chaut, n'est-ce pas, l'important est d'avoir ces fameuses basket chinoises au bout des pieds. (2)

J'aurais pu dire cela, mais à ma grande honte, je n'ai rien à foutre de cette génération de décérébrés caresseurs de coltan qui se font lessiver le cerveau, qu'ils crèvent.

Non, j'ai plus drôle, en fait :
http://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/ariege/foix/ariege-village-du-carla-bayle-repaire-artistes-pas-seulement-1309187.html

Ce site servira de martyre pour les millions d'initiatives de ce genre, et particulièrement celles qui fleurissent l'été dans les villages. Il est très curieux que lorsqu'un village se meurt, ce soit à l'art et à la culture qu'on demande de crier " Non, regardez, je ne suis pas mort, je bouge encore", après que des décennies de conseils municipaux agriculteurs-chasseurs se soient échinés à couper les vivres à la culture, au profit de l'épandage de pesticides et autres poisons sur le maïs à cochons.


Encore heureux. Sinon ce chiendent qu'est la sous-culture de province eût prospéré dans des proportions inimaginables. La sous-culture de province, c'est comme les nichoirs à oiseaux : si on en construit, des oiseaux finissent par s'y installer. Les salles des fêtes, c'est pareil. Si on organise des expos, cela finit par attirer des " artistes".

Le problème de tout programmateur de culture, c'est de trouver des gens suffisamment originaux pour produire quelque chose d'inhabituel pour les incultes qui viendront, mais suffisamment conformistes pour ne choquer personne. Ce sont les " artistes".

De l'autre côté on a " le public". Des gens tellement décérébrés qu'ils s'étonnent sur le mode : " mais où allez-vous chercher tout cela", à la moindre entorse au ronron quotidien, mais assez incultes pour ne pas voir que cela a été fait cent fois.

Et c'est là que le bât blesse. Si " l'artiste " avait pris la peine de lire un petit Que sais-je d'histoire de l'art...

Alors, on me rétorque que peut-être, sans doute, mais que cela lui fait du bien à lui, dans sa problématique à elle et son parcours de vie à elle, ça lui fait du bien de le refaire à sa sauce.
 Certes...

Cela n'apporte rien en soi, et cela ne dialogue avec rien de précédent dans l'histoire de l'art. On est pas obligé de le regarder, d'où le public de retraités désœuvrés de ces lieux de sous-culture.



Que répondre à de tels arguments ? Les jeunes se font lessiver la tête sans se poser la moindre question, mais si c'est important pour eux, il n'y a rien à redire. Les vieux déballent leurs intimités banales sans référence, mais si ça leur fait du bien, il n'y a rien à redire.

D'un côté on a l'art de maternelle produit par des vieux, je ne sais rien mais je m'exprime, et de l'autre des activités d'EHPAD produites par des jeunes, je ne comprends rien à ce que je fais mais c'est important pour moi.

Alors on me dit que l'art ce n'est pas forcément la nouveauté. On me dit qu'à preuve, l'art contemporain est plein de fous qui tentent n'importe quoi, du moment que cela comble une case vide, et que ça n'a aucun sens. C'est même à ça qu'on les reconnaît.

Certes... Que répondre à un tel argument ? Rien de nouveau sous le soleil. Le mieux est donc de se dire que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, et de les laisser vivre.

Voilà, laissons les vivre et faisons un texte texticide, ça va nous ambiancer. Hier soir j'ai vu Bianca de Nanni Moretti. Il fait partie de ces cinéastes qui ne font de films que sur lui-même. C'est une longue autobiographie que son œuvre. Soit on l'aime, soit on déteste son œuvre.

Cela m'a consolée du Vous allez rencontrer... de Woody Allen, que j'ai trouvé un peu au-dessous de la normale de ses films.

(1) Que je descends peu à peu de son piédestal. C'est sympa de voir des jeunes femmes discuter cybernétique alors qu'on invite toujours des vieux birbes sur ce sujet, mais enfin, il ne faut pas que ça tourne à la conversation de salon non plus. Le transhumanisme est un vrai sujet philosophique qui mérite plus que du thé et des petits gâteaux.
La problématique dans Frankenstein n'est pas seulement ce qu'une vague tradition populaire a retenu, à savoir la créature qui se retourne contre son créateur, mais bien la question du bonheur.
C'est une question qui se pose à tout parent, de robot ou autre.

(2) Ce qui est en effet saisissant dans tout cela, c'est bien sûr que tout se déroule dans une hémiplégie cérébrale totale.
Je m'explique. Je ne sais plus qui dans les écrivains ou philosophes français avait un frère. Jeunes lui et son frère se demandaient qui dans sa vie prendrait la voie matérielle et la voie spirituelle.
Aujourd'hui la question n'aurait plus sa place. La moitié spirituelle ayant disparu, un jeune se demande s'il va choisir entre la voie matérielle et la voie matérielle.
Bien sûr cette hémiplégie n'est pas vécue en tant que telle. On croit toujours que notre portion des possibles représente l'ensemble de l'univers. Un jeune choisit aujourd'hui entre chef de produit yaourt et chef de produit savon en pensant qu'il a parcouru l'espace des possibles.
Et c'est ça le drame de ces jeunes Youtubers ignares, c'est qu'ils véhiculent dans l'esprit des jeunes la vision d'un monde qui se limite aux rayons d'un Prisunic.


dimanche 20 août 2017

Devinette

Il se passe de drôles de choses lors de ces réunions à la préfecture de région. Le Directeur de Cabinet n’est pas encore là, la réunion prend du retard et commence sans lui. Le représentant de la CGS sort au bout de quelques minutes et ne sait que penser d’une telle embrouille… Chacun campe sur ses positions et rien n’avance. Que penser d’un tel conflit ? Que dire de tels comportements de gens responsables ?

La situation se bloque d’elle-même ! La réunion d’hier en fin d’après-midi semble n’avoir pas apporté grand-chose au moulin des revendications. C’est le sentiment qui se dégage. Aussi, dans un tel contexte, la mobilisation faiblit. Les cinq personnes incriminées encaissent ! Il semble que la direction joue la montre, comme pour se prémunir d’un quelconque arrêt de jeu qui n’avantagerait personne. On se demande ce que veulent les responsables devant des dossiers vides ?
Un salarié plante devant la préfecture : « A croire qu’il veulent que quelqu’un craque, fasse une bêtise pour envenimer la situation. Il faut croire que ce fameux dossier ne contient que des con…ies ! On s’en doute, la direction cherche une sortie de crise mais nous ne marchons pas, nous ne pouvons pas accepter de tels propos sans absolument aucun foncement… Ils ont vu grand, qu’ils assument…»


La déléguée quitte la salle…

Les délégués du syndicat TCS sont au cœur de la bataille, ils se battent avec leurs armes et leur cœur, ils défendent cinq personnes qui semblent au bout du rouleau et veulent réussir tant leur mission est importante. Ils le crient : « ils n’on rien à se reprocher, pourquoi les harceler à ce point ? »

Alors ils font partie de la médiation, ils espèrent, ils attendent, ils parlent, arrangent, discutent, mais rien ne sort, rien ne vient étayer leurs vérités, ils craquent parfois mais se ressaisissent et font jouer leurs arguments. Et ces derniers sont solides. La direction ne semble même pas comprendre ce qu’ils demandent. Et fait, ils font semblant de ne pas comprendre, qui sait ? L’exaspération s’empare de tous et les nerfs lâchent. D’aucuns se lèvent et quittent la salle. La direction, imperturbable, ne bouge pas. Joue- t- elle sur le moral des troupes ? Nul ne le sait. Une chose est certaine ; c’est le statu quo ! Personne ne bouge. Il y a incontestablement blocage.

Que se passera –t-il ce mardi matin ?
On se le demande ?
Villes et aéroports bloqués comme il se murmurait lundi soir ?

Manifestations spectaculaires en plus en centre ville et ailleurs ?

La secrétaire du SGS, Mme Dupond, s’en est allée occuper la Direccte avec la ferme intention de continuer la lutte.

Jeudi, il y a une session à l’assemblée. La marée des récalcitrants va-telle déferler sur le cours Garibaldi ?

Il y a de fortes chances !




Alors, devinette, c'est où, c'est quoi ?

Un peu partout ?

Ce qui provoque un fou-rire inextinguible, ce sont les efforts que nous déployons pour refuser ces évidences. Comme un névrosé que sa maladie punit en disant " Ah tu veux m"ignorer, eh bien je vais te montrer ma puissance en courbant ton échine au dessus de ton tiroir à chaussettes pour te les faire compter et recompter, en boucle toute la journée", nos écrans nous renvoient en continu les images d'une civilisation qui ne peut plus se retenir de dire la vérité, comme un exhibitionniste désemparé qui ne comprend pas pourquoi on lui reproche ses tentatives de dialogue.
Nous cherchons l'urgence de " préserver les enfants ", comme s'il fallait leur épargner la honte de découvrir le monde adulte, ce qui est le but de leur éducation, nous préférons mettre des portiques électroniques que d"apprendre à vivre à ceux dont les rayons X sont censés nous protéger, faire taire les pauvres en achetant la paix sociale à prix d'or plutôt que de financer leur dignité

jeudi 1 juin 2017

Hommes seuls, passez votre chemin...

Ainsi se finissait une annonce de site de rencontres, écrite par une femme, plus pathétique encore que les autres. Ayant vilipendé comme il se doit les " rencontres d'un soir ", ce qui ne se fait plus que sur les sites vieillots, intello et réacs, elle terminait par ce merveilleux paradoxe.
Car qu'espère-t-elle trouver sur un site de rencontres sinon des hommes seuls ? Et si tous les gens qu'elle rencontre s'ennuient d'elle dès le lendemain ? Mais non, c'est chaîne et banc de nage obligatoires pour le temps du mariage, the song remains the same...


Alors, en face on a ça, de la part de fins connaisseurs de la psychologie féminine (et masculine :)



Les sites de rencontres, quand ils mentionnent une vocation autre que la " elevator baise", cellei qui se fait dans les meilleurs délais sur le modèle du pitch de présentation de start-up, ont en effet hâte d'éliminer " celles qui ne veulent pas", afin de faciliter le travail à leurs membres. 

On a même :

Cette fin tragique pourrait être celle d'un grand nombre d'annonces comportant des phrases telles que : " cherche homme doux, attentionné (à moi), discret, charmant, cherchant à me plaire (à moi, pas aux autres), cultivé, fin, charmant, raffiné, attentionné (surtout à moi), qui saura me charmer, ce qui n'est pas évident, parce que je vous préviens en général je déteste les hommes ces gros porcs".

Nombre d'annonces se termine par une tape sur la croupe du genre " Messieurs, à vos claviers pour qui saura me plaire". Au mieux. Au pire on a une litanie de complaintes contre les hommes méchants mal élevés, égoïstes qui veulent que baiser, qui boivent qui fument, alors qu'ils ont moi, ce trésor à découvrir, cette montagne de talents"

Talents multiples que l'homme devra aller chercher au fond de la grotte en assassinant force dragons.

L'homme est un bourrin à qui il faut faire passer un parcours d'obstacles pour éprouver sa bravoure, la dureté de ses muscles et de son sexe, l'épaisseur de son portefeuille, sa propension à ouvrir la portière de la voiture aux dames, à compatir quand elles se sentent en humeur de pleurnicher, à se souvenir des innombrables dates aux auxquelles il faut leur offrir des fleurs, ainsi que des occasions de les inviter au restaurant, à danser, au bord de la mer, qui ne manquera pas de s'accompagner de déclarations d'amour, de bijoux ou de dessous fripons, voire tout à la fois, afin d'être doux, attentionné, attaché etc.

Et tout ça pour quoi ? Pour, attention, seulement si l'étalon a bien surmonté tous les obstacles, a coché bon à toutes les cases, pour avoir accès à quoi, au graal au plus du plus si affinités, au trésor que je suis .En résumé, à leur cul. ce qu'elles ont de mieux à monnayer dans l'existence. Après, mon charme suffit, puisque mon compagnon enamouré aura la conversation qui va bien, cf. mon annonce.

C'est vraiment prendre les hommes pour les crétins qu'ils sont bien souvent, mais pas toujours. Or c'est précisément le pas toujours qu'elles espèrent pêcher, avec leur annonce bien profilée spécial crétin. Quand le gros naze encravaté avec la chevalière et le baise en ville aura suffisamment trimballé madame dans sa Clio, en lui faisant respirer sa lotion coiffante pétrole Hahan bleu, il aura le droit de lui conter fleurette derrière l'oreille avant de la fourrer à l'endroit qui convient.
Et là, basculement total. Cet homme, dont la moindre ombre de sexualité provoquait foudres et dénonciations dans l'annonce, le moine abstinent qui ne vient pas là pour ça, qui vient là pour échanger de tendres confidences, alors là, oublié fini, c'était bien gentil tout ça, mais faut qu'il se transforme en super gorille au rut ininterrompu, faut honorer Madame jouiir et nuiiiiit sinon hop, direction le sexologue, comment ça on n'a plus envie de la rombière, ferait beau voir.

Je ne suis pas idiote, je sais que certaines femmes aiment qu'on leur fasse la cour très longtemps pour " le faire attendre", c'est meilleur, qu'on parle d'autre chose, et puis, après le dessert, ou plutôt non entre le dessert et la poire, enfin bref, quand ça va bien au milieu de la nausée de fromage, voir leur mec se transformer en superman du plumard, tout ça pour se plaindre d'un orgasme qui ne va guère plus loin que de quelques minutes, au mieux.

Ce qui est marrant, c'est le côté " camp d'en face " de toute cette affaire. On peut supposer que les femmes d'un certain âge qui passent ce genre d'annonce ont eu un peu d'expérience de la vie. Et pourtant, elles en sont toujours à polir encore les clichés les plus usés, au lieu de parler de personne à personne.

A propos de " camp d'en face", je parlais récemment des lieux de parole et d'échange des femmes, depuis les chants tribaux des brodeuses jusqu'aux papotages autour d'une tasse de thé et on m'a dit " Et les hommes ? ". J'ai répondu qu'ils devaient sans doute se retrouver au bistrot pour picoler. Et là je me suis demandée où sont les lieux d'échanges entre les deux communautés ?

Et de là je me suis dit " Mais pour se dire quoi ? " Et j'ai commencé à me dire que l'échange entre les hommes et les femmes, en tant que groupes, se limite au discours amoureux.

Où entend-on " Vous les femmes", ou bien encore " Nous les hommes ", à part dans quelque roucoulade hispanisante ? Où l'entend-on de façon sérieuse, collective, décidée à partager la gestion de la Polis ? A part justement sur les sites de rencontres, où il n'y a qu'un lit à partager. Le territoire de la Polis se résume à une paire de draps et un traversin. 

J'y reviendrai. Bon, ceci dit, un jour on se rendra compte à quel point les progrès de l'informatique ont apporté de crédit aux crétins des grammaires computationnelles qui n'ont rien compris à rien, et à quel point ces crétins, eux-mêmes héritiers de précédents crétins du Cercle de Vienne et autres positivisme logique, empirisme logique ou néopositivisme ont enfumé le XXème siècle.
Ces physiciens et autres " scientifiques  " bornés nous ont apporté ce qu'apporte toujours la Science quand elle se mêle de philosophie : le retard mental. Des " babus " les collégiens en mettent chaque année mille nouveaux en circulation de par le monde, et ils fonctionnent aussi bien que le " cosinus" que les autres ont appris à la même époque de leur vie.

vendredi 26 mai 2017

Fouillis en vrac

Une peu de conscience réflexive ne fait de mal à personne, surtout lorsqu'il s'agit des autres. Je voudrais donc vous signaler cet article https://blog.monolecte.fr/2017/04/19/agents-de-dispersion/  d'Agnès Maillard, qui soulève quelques questions sur l'édition numérique. 

J'ai perdu tous mes posts sur Webzinemaker, et je n'ai de Silentcamp que les sauvegardes moisies qu'autorisait Dotclear. Je dois les remonter depuis 2012. J'ai sauvé de rares poèmes de mon amie Dehors. Elle avait écrit ces textes sur un site de rencontre par affinités édité par le journal Le Parisien. Ce site permet aux membres de publier des écrits en guise de critique littéraire, lesquels prennent souvent la forme de créations pures. Lorsqu'elle a supprimé son compte, a disparu en même temps la possibilité d'accéder à ses écrits.

Il est difficile à l'heure actuelle de savoir si d'autres poèmes d'elle ont été récupérés. Il n'est pas impossible qu'elle même l'ait fait. Mon ami John Moullard, immense plasticien du XXIIIème siècle, a récemment perdu quelques pièces magnifiques. Le Fernand Chocapic semble définitivement sauvé des eaux, Dieu soit loué (à la journée, toute éternité commencée est due) J'ai aimé ça., et je secoue un peu le cocotier blogueur, par exemple chez mon ami Alen Leoz,  pour savoir ce qui retient les auteurs de sauvegarder leurs œuvres, que ce soit sur papier ou autre. Ou ce qui les y pousse.

Curieusement, je trouve moins de gens préoccupés du papier que je l'anticipais.

Tout cela pose plus généralement la question de la sauvegarde volontaire ou non, de la pensée à l'heure où sa trace se laisse sur des mémoires électroniques, sur des supports dont l'auteur n'a pas le contrôle, et selon des processus qui échappent à toute règle hormis le bon vouloir du tenancier du site.

On peut dire en ce sens qu'une personne qui a sa propre instance Wordpress ou autre, à une adresse dont elle possède le nom de domaine, sur sa propre machine dont elle paye l'hébergement dans un data-center privé voit le risque diminuer, si elle fait des sauvegardes correctes.

Je découvre avec amusement les fausses dates de naissance que je donnais lors de la création de mes blogs, pour faire croire à Google que j'étais majeure. Je me souviens d'un compte supprimé pour avoir mis la vraie date par erreur après plusieurs articles.

Les jeunes qui n'ont rien à foutre de tout cela, créent une douzaine de faux comptes Youtube comme un rien,  juste pour pourrir quelques instants un pote de quelques commentaires assassins.  Les jeunes sont joueurs, ils ont vu qu'on leur proposait un grand jeu vidéo où ils doivent sauter par dessus les étoiles mangeuses d'accès s'ils veulent avoir leur contenu. Ils sont devenus très forts. Moi-même à l'occasion je n'hésite pas à utiliser quelque logiciel contre des gens qui prétendent s'approprier l’œuvre de Léonard ou autres génies ayant produit pour l'humanité (1) avant que l'arrière-grand mère de leur arrière-grand mère ait songé à naître, n'est-ce pas.

Sur l'article d'Agnès Maillard, si on veut répondre, la machine écrit "Veuillez renseigner les champs marqué par  " "

Vous avez sûrement remarqué que les formulaires en ligne  vérifient de façon de plus en plus drastique les choses fantaisistes qu'on mettait en matière d'adresse mail. Combien de temps encore pourrons-nous tromper la machine sur qui nous sommes réellement ?

Mais que veut dire finalement sauvegarder ? Les archivistes savent que cette petite question soulève des tonnes de réflexions philosophiques.  

Sauvegarder pour qui et pourquoi ? Les questions percolent par les nouveaux canaux. En admettant qu'on n'ait plus accès à la philosophie grecque, ils la redécouvriront dans d'autres termes. Si après tout cela empêche que dans le temps d'une seule vie, on arrive comme on a pu le faire au temps des livres à l'autre bout des terres habitées, cela n'est peut-être pas plus mal. 

Cela nous conduit à la frénésie de numérisation qui saisit plusieurs institutions artistiques ou culturelles. C'est très bien. On peut regretter qu'il s'agisse souvent de fantômes d'un savoir mort. (Sans parler des millions investis par le MCC dans des scans de masse, confiés bien entendu au prestataire le moins disant par des gens qui ne savent pas qu'il y a des qualités de DVD qui diffèrent selon le prix. Moins cher, toujours moins cher pour la culture. On scanne telle tapisserie en 40 milliards de pixels, mais on ne sait plus faire un colophon, et on s'habille d'élasthanne pondu par l'usine de la planète. C'est très bien d'admirer des savoir-faire qu'on détruit encore plus vite que les espèces animales dont nous sommes. Tout ça parce qu'on n'a plus le temps. 

Speed-dating, ça me rappelle que les anglais disaient un " rendez-vous " pour différencier une rencontre amoureuse d'un appointment avec le dentiste. Maintenant c les djeunz qui disent " le premier date ". Ah ah ah. Ils en font des modes d'emploi sur les rézosocio, c'est l'industrie du datagramme au service du sexe numérique.


C'est devenu LE leitmotiv. On n'a plus le temps. Pourtant, depuis le temps que les machines nous promettent de nous en faire gagner, on devrait en avoir à revendre. Ah mais le temps de quoi faire, voilà la question. Peut-être qu'en consacrant les 150 par mois qu'ils passent devant la télé à apprendre la broderie, on aurait encore de beaux vêtements à se mettre...

Donc, on laisse la production aux machines, parce qu'elles travaillent sans se poser de questions, mais du coup il faut bien occuper les gens, donc les coller devant un écran de leur naissance à leur mort. La matrice, le jeu vidéo ultime, etc. tout cela est connu.

Ce qui est surtout intéressant dans tout cela, c'est le consensus. J'entendais à la radio un journaliste s'exclamer " Vous vous rendez compte, si on faisait ainsi telle chose, on pourrait augmenter le PIB de 150 milliards d'euros". Ils avaient tous les yeux brillants de gourmandise. Ils ont défailli d'émotion à l'idée. En réalité, personne n'a rien à foutre d'augmenter le PIB, ça ne sert que des dividendes en accélérant la destruction. Mais c'est un donné immédiat de la conscience. 

Si nous étions au XVIIIème et qu'on dise " Ah, magnifique, ce procédé va nous permettre d'accélérer la traite des noirs et de déporter 150.000 esclaves de plus", tout le monde applaudirait. Si on sortait cela aujourd'hui, tout le monde hurlerait. On vient de larmoyer potilicorrectement sur le sujet dans les quartiers chics de la capitale. (2)
Mais c'est exactement la même chose. Augmenter le PIB n'est pas un bien en soi, mais plutôt une simple option de politique économique. Seulement tellement intégrée dans le consensus qu'elle en est " hors critique". Cela fait des millions d'esclaves industriels dans les pays " émergents " qu'on prend soin de maintenir la tête sous l'eau pour qu'ils acceptent leur exploitation. 

Le type qui proposait de taxer le travail des robots pour augmenter le revenu des gens a fait 6 % 94 % préfèrent qu'on taxe le travail humain pour aider les robots à rester " compétitifs". Les vendeurs de moulinex à machines outils fabriquant des cartes à puces pour chaînes de montage de voitures doivent s'en pisser sur les transistors de rire.

A propos de radio, je vous recommande l'émission des Pieds sur Terre consacrée à Tefal. Edifiant... 

Dans le cyber-espace, personne ne vous entend blogger. Tant que j'ai l'élan d'avoir enfoncé tous ces truismes ouverts, je vais poser une question : " Où est le discours entre les hommes et les femmes ? "

J'y reviendrai, donc. Ce tapis de feuilles mortes fut là pour dissimuler le piège de la Naissance de l’Écriture du Désastre.  Nous sommes, mais ne l'avons nous pas toujours été, en attente. Avant de partir, nous reviennent ceux qui ont été là-bas, au pied de la falaise, aux frontières du désastre. Le désastre n'a pas de majuscule, il ne commence pas, il était là avant l'écriture, et il y est toujours, dedans comme en dehors. La pensée et l'écriture. Donc, avant que de nous lever, nous voyons passer ceux qui reviennent.

Moi j'ai essayé de mettre des images pour sauver du désastre. Je fais allusion à un blog duquel j'étais la seule lectrice autorisée. Google a sucré ce blog (3). Peut-être à cause des photos.

Mais elle n'avaient rien de plus gore que ce à quoi Google offre accès en un click. Hypocrisie

Du fait que c'était hébergé sous leur égide, au nom du Cloud ?. Peut-être. Mais tout de même. Je m'interroge Ont-ils demandé leur avis à un francophone, qui, épouvanté, a corroboré les impressions du robot détecteur de fente apparente ? J'aimerais tant le savoir.

J'aimerais savoir si c'est le discours qui a " enfoncé le clou ". Si c'est le cas, cela signifie que le potentiel terroriste de cette poésie est passé à la lecture. C'est à dire que ces images somme toute innocentes se sont révélées plus qu'obscènes à la lecture de leur commentaire. Si c'est le cas, j'en suis très fière.

Ici aussi je suis chez G et je dois être prudente. Je dois me fondre dans le chaos numérique. Tenter cet exploit que survivent en libre accès des propositions indécentes. Il est d'ailleurs notable que la veille de la descente de la gestapo G-zie, je parlais d'aller me faire héberger dans l'oignon. Est-ce que cela a influé ? Enfin, en tout cas c'est fait, j'ai une BBS là-bas maintenant.
Rudimentaire, mais je pense qu'ils auraient du mal à la faire supprimer. En revanche, je n'ai aucun espoir sur sa durée de vie, ce qui nous ramène au début.

Faudra-t-il désormais compter uniquement sur des exemplaires papier qui circulent sous le manteau entre amis pour avoir à la fois un minimum de liberté d'expression et un minimum de sécurité et de pérennité ? Si c'est le cas, on revient en 1943, quoâââ.

(1 ) Je sais bien que ces gens travaillaient sur commande, mais il a été de tout temps admis qu'au bout d'un moment, le savoir doit retomber sans droits de douane dans les mains du peuple et nourrir la création nouvelle.

Il n'est peut-être pas étranger d'ailleurs non plus à ma désactivation  ce fait que je me tamponne des droits d'auteur et autres DRM hurlés par G-reich. La plupart de mes vidéos sont en accès privé, et si un gars se prétend propriétaire de Bach au prétexte qu'il a réussi à faire interdire toutes les autres performances, c'est que le problème est dans sa tête de nazi, pas dans la mienne. S'il n'en reste qu'une à jouer du Bach sans payer qui que ce soit, ce sera moi.Et c'est itou pour les autres compositeurs, et ça vaut également pour les reproductions de tableaux, de vidéos, de sculptures etc.  Je pille, je vole, j'éparpille. Et pourquoi pas interdire aux autres le blue, ou les carrreaux, ou la syllabe " de " ? Non, mais cette brevetomanie devient pathologique.

(2) C'est comme le terroriste qui vient de tuer 22 personnes. Je pense qu'il a son cierge dans toutes les capitales du monde, où au prétexte de faire des " taskforce " contre la " lâcheté  abominable", on va enfin pouvoir remplir les rues de policiers, de militaires et de barbouzes comme Pinochet ni aucun dictateur ou junte n'aurait osé en rêver. Si des fois un working-poor (nouveau mot pour " prolétaire")  se rebellait contre la flexisécurité qui permet de l'exploiter légalement branche par branche.

(3) ¨Pour ceux qui ont accès aux archives, il s'agissait de Juegos y Regalos, devenu Defixiones Tabella, en accès fermé également.




mardi 4 avril 2017

Façons de faire

France Info est trop occupée à parler politique pour avoir mentionné que la police de Pékin aurait pu fermer le blog de John Moullard. Mais elle ne l'a pas fait, car il est dans ses habitudes de donner un motif, fût-ce bidon, au dissident qu'on déporte. 

Elle a donc confié le boulot à Google, qui ne s'embarrasse pas d'autant de précautions. Ainsi l'ami Moullard s'est-il vu désactivé à 9h, privé de mail, de carnet d'adresses, de disque, de blogs, sans préavis et sans motif malgré les demandes répétées.

Maintenant qu'ils sont coincés entre le rôle de dictature totalitaire et celui de censeur fasciste du numérique, on espère encore qu'ils vont trouver une photo polissonne à lui glisser dans la poche. S'ils ont du mal, j'ai des suggestions.

Ceci dit, personne n'a encore réussi à nous faire taire, et ce n'est pas la petite frappe californienne en mal de censure que restent ces geeks imbéciles qui va y parvenir. On faisait mailto: pour s'écrire avant que leur maman ait rencontré leur papa, c'est pas eux qui vont nous napprendre la netiquette :)

Donc, du fonds de son blog flambant neuf, comme vous le verrez à la fin de  cet article., John Moullard, immense plasticien du XXIIIème siècle, m'a demandé de faire le volet sociologique du " serre-joint". 

Je voudrais d'abord revenir un instant sur la place de la psychanalyse dans la société, suite à la note 1 de cet article.

Une science du soin ne peut avoir pour objectif que cette seule visée de " réinsérer le malade " pour une raison bien simple, c'est que pour le petit bourgeois dont le paradis se mesure à la taille de son écran de télévision et donc de son " pouvoir d'achat ", il n'y qu'un seul modèle de société, d'individu, de désir (le pouvoir d'achat), donc de pavillon, de barbecue, de SUV à mettre à côté. 

Les différences se mesurent en accessoires de barbecue, en place du chien assis dans le plan du pavillon, entre les 3 couleurs de modèle de voitures identiques par ailleurs. 

Cette obsession de la " réinsertion " est tout à fait symptomatique de l'aveuglement entretenu dans lequel on nous maintient plongés. Si vous avez une pièce pleine de fumée où tout le monde tousse, et que vous mainteniez les portes fermées, certains vont pousser plus fort que d'autres et réussir à s'échapper. Si vous dites de ces gens qu'il faut absolument les " réinsérer", sans jamais vous poser plus de question, vous prenez le risque de faire face à un " afflux de migrants "...

Si la stupidité de cette vision de l'humain en Homo Consumeris, comme le rêvent les chefs de produit, était sans danger pour l'humanité, on pourrait en rire. Malheureusement le dessin animé de ces crétins stressés et surpayés, se traduit en réalité par le cauchemar de  millions de déportés, de sans-logis, de toxicomanes, de personnes sous le seuil de pauvreté, souffrant de maladies du moyen-âge qui réapparaissent etc. 

En vrai, personne n'a rien à foutre de l'argent, l'humain étouffe dans la fumée de son HLM devant sa télé qui lu ifait la pub pour sa bouffe en plastique, et dès qu'on rend leur cerveau aux gens, ils utilisent leur temps pour faire du patchwork, de l'encadrement, de la musique, bref, rien qui gagne de l'argent.

Dans une société saine, une école est faite pour instruire les gens, un musée pour cultiver les gens, un hôpital pour soigner les gens etc. Dans une société malade, une école est faite pour gagner de l'argent, un musée pour gagner de l'argent, un hôpital pour gagner de l'argent. Toute institution est faite pour fabriquer de l'argent, et " rapporter de l'argent ", comme un chien son gibier mort. 
Les institutions pourraient rendre service à l'individu par la mise en commun, mais elle est honnie sous le nom de la Taxe, monstre qui mange les enfants. L'impôt est une saignée dans l'individu qui n'a qu'une idée en tête, garder son argent, être gonflé d'argent. Il n'y a qu'un modèle d'être humain, c'est celui qui adore être gonflé d'argent, et toute saignée est nuisible. 

Le seul bonheur possible consiste à acheter les objets que l'industrie de masse a produits  tous identiques afin qu'ils soient moins chers pour pouvoir gagner de l'argent. Ainsi, le but du système est de créer une classe moyenne décérébrée qui consomme les mêmes produits, et dont le rêve est d'avoir la même pelouse, le même barbecue et la même tondeuse que son voisin.

Bien évidemment, la stupidité de ce modèle s'écrase contre la réalité humaine, et heureusement. Ainsi, de plus en plus de gens s'en exilent, et désertent un système dans lequel ils ne sont plus qu'un relais entre la machine à plastique et la poubelle. Donc ils sont de plus en plus qu'il faut nourrir " en dehors " du système, ce qui contribue évidemment à sa ruine, après que ce dernier ait contribué à ruiner la société, la famille, l'environnement, les ressources naturelles, la planète etc.

Le plus curieux en fait est le temps que nous mettrons à faire demi-tour. On peut dire maintenant que ce système est à l'oeuvre dans sa destruction systématique de l'humain et de son habitat depuis un siècle aux USA. Il a gagné l'Europe après la seconde guerre mondiale, et se répand actuellement dans le monde. Il est intéressant de savoir s'il va péricliter d'abord là où il a pris sa source, ou bien s'il va d'abord se casser les dents sur les régions à forte valeur idéologique. On pense au moyen-orient, mais on voit que le succès est très différent selon le niveau de vie.

 Plus le niveau de vie est élevé, plus il permet de masquer longtemps le vide intellectuel du pourceau. Le vide spirituel est assez facilement dissimulé par une façade dorée.

Je lisais dans un magazine féminin de 2014 que Karl Lagerfeld avait transformé le Grand Palais en Chanel Shopping Center, et régalait ses clients de calembours style " Mimi Molette " etc. La putasserie commerciale se vautre toujours dans la fange de la bêtise et finit par l'ériger en idéal.

On verra donc aux USA, qui en sont arrivés à péter leur propre sol à coups de milliards de litres de billes de plastique afin de pouvoir s'offrir de quoi continuer à acheter du plastique à la Chine, combien de temps l'imposture tiendra encore. 

Bref donc, je ferme cette parenthèse, parce qu'après, on va encore me dire que désespère Billancourt, alors qu'il y a de quoi se réjouir, la preuve le Roudoudou du Mexique n'est plus sur la liste des espèces menacées d'extinction. Le Paraguayen, qui déforeste sa race à donf, a pris sa place sur la liste. 

Revenons donc à cette image qui m'a valu l'honneur d'être interpellée :


 Alors effectivement, elle est rigolote, celle-là, et elle relève bien du " serre-joint". Voyons pourquoi. Mais dans un prochain article. Cela vous donnera le temps de la méditer.

Une pile de crânes de bisons dans les années 1870. Domaine public. Source : Wikimedia Commons.

En fait, ce jour,  https://scinfolex.com/2015/11/30/le-jour-ou-lespace-a-cesse-detre-un-bien-commun/ il est arrivé il y a fort longtemps. L'idée de commun elle-même a quasiment disparu aujourd'hui.


lundi 27 mars 2017

J'ai la chouffe sur moi.

J'ai la honte sur ma face, parce que je viens de réaliser que je viens de faire un tour, et que j'avais des commentaires non publiés depuis décembre 2016, c'est la honte sur moi.



Mais bon, j'avoue, je me déplais de laisser les commentaires ouverts, ça dépare, ça déplume, un commentaire haineux, alors bon, j'en ai jamais, mais on ne sait jamais, je préfère les couper avant qu'ils soient grands, comme les mauvaises herbes.




Mais du coup, je n'y vais jamais là. Alors j'ai tout déplié d'un seul coup, mes confuses çà tous et



Message pour Fernand : C'est le silence radio ou bien peut-on retrouver votre piste quelque part ?

Pour me faire pardonner, je vais mettre des adresses de trucs que je trouve pendant mes maraudes sur le Net.

Genre rigolo : http://www.verdee.fr/lenvers1/

Genre intello : https://guillaumedechambenoit.wordpress.com/2012/06/18/les-schemas-siegeront-a-lassemblee/#comment-117

Viens là que je t'explique que tout ça est lié, viens là que je te déplie, mon pauvre chéri.  Non mais là j'avoue c'est abuseeeeeeeeeeeer, pour les assemblées de neurones, c'est parce que je vais y venir dans deux minutes. Je vous rappelle que deux minutes sur Orion correspondent à environ 8 mois sur votre Planète Terre.

Et pour la version féminine de neurones miroirs. http://ciecincleplongeur.fr/un-tiroir-de-neurones-miroirs/

Marrant, non ? 

Non, tout ça ne me rattrape en rien, je suis malheureuse. Vous êtes tous tellement gentils avec moi, et moi je ne vous accorde pas assez d'attention, je n'ai que ce que je mérite.

lundi 20 mars 2017

Fragmots

Je visionnais l'intro https://vimeo.com/209206842 par laquelle John Moullard nous annonce qu'il a entrepris de lire Blanchot, et j'ai été surprise par l'image de fin.

Trouvée sur cette page http://www.mauriceblanchot.net/blog/index.php?post/2010/03/09/250-journee-d-etude-entre-litterature-et-philosophie-l-ecriture-fragmentaire-de-maurice-blanchot-paris-13-octobre-2010

Fragments 9, une œuvre  de Christian Burchard



Cela ne vous rappelle rien ? Moi je trouve que cela ressemble furieusement à du Moullard. Étonnant, non ?

Je compte lui tirer les vers du nez sur cette entreprise. Il est rare que Moullard se commette avec l'oeuvre des autres, et le choix de celui de Blanchot m'étonne. Je vais aller aux nouvelles, mais je pense que la raison en est la suivante. Elle est que si Moullard devait classer Blanchot, entre les catégories de poésie, de littérature, ou de philosophie, il le ferait dans cet ordre là.

C'est à mettre au compte d'un virage de la pensée de Moullard en faveur du " tout-fiction ". On y décèle une migration de la fiction comme thème, depuis la périphérie vers le centre.

Au titre de la fuite

J'ai fait cette nuit un rêve d'un certain type, de ceux qui sont trop réels pour ne pas mériter un examen. Je rêve beaucoup, et je sais maintenant distinguer ceux de ces rêves qui ne peuvent pas être laissés tels quels, sans examen supplémentaire.

La question qu'ils posent est entre autre que leur degré de cohérence et leur " poids de réalité " sont différents des autres au point qu'ils renvoient de façon insistante au fait qu'ils évoquent, contrairement à la plupart des rêves, le sentiment d'un " autre monde".

Je connais au moins deux autres types de rêves : la représentation facilement explicable d'éléments ou d'évènements de la vie diurne, et des scénarios un peu plus complexes en apparence, mais qui se laissent décortiquer aussi. Le troisième type de rêve n'a rien à voir avec tout cela. Il s'agit de pures " tranches de vie", où je suis simplement dans la peau d'un vivant, ailleurs.

Cette nuit, la caractéristique du rêve était que j'étais un homme, et que j'étais en couple. Et que j'ai ressenti, à la fois de l'extérieur et de l'intérieur, ce que c'est que d'aimer comme un homme. De l'intérieur, puisque j'étais à l'intérieur de cet homme, je me comportais comme un homme, en tout. Et de l'extérieur car une fois réveillée, j'ai pu recueillir tout cela et constater la différence. Au moins aussi étonnante que la différence de monde.

La différence de monde, parlons-en. Ici aussi elle est unique et reconnaissable dans ces rêves. C'est une réalité qui en apparence n'est pas si loin de la nôtre, mais en profondeur radicalement étrangère. Un peu comme un do, si proche d'un ré, et pourtant ce qu'il y a de plus radicalement différent.

Je ne sais pas si je percevais autant la différence parce qu'elle se redoublait de la différence de perception en tant qu'homme, mais c'était très étrange. C'est le genre de rêve qui me hante pendant des jours entiers qu'il met à disparaître, et finit aussi par constituer souvenir de cette vie propre ici.

Je l'ai dit, je ne peux pas rester sans examiner la question soulevée par cette sorte de " voyage " là-bas, où ceci s'est déroulé, pour les raisons que j'ai évoquées, à savoir la différence de nature de ces rêves là. Mais d'un autre côté je n'ai aucun élément à saisir, juste ce souvenir qui s'efface, comme ceux d'ici.

Je peux, le temps qu'il s'estompe, retourner habiter ce rêve pour goûter à nouveau la saveur de ce monde qui s'en va, je peux la revivre, de brefs instants, jamais assez longtemps pour pouvoir analyser la différence avec ici. Et pourtant, dans ces brefs instants de conscience, je la saisis parfaitement. Ce n'est pas, du plus profond de ce monde, la même " histoire". Ce sont " presque " les mêmes maisons, " presque " les mêmes arbres, " presque " les mêmes gens. Mais les rapports entre eux ne témoignent pas de la même évolution.

Ce qui est amusant c'est que ce rêve précédait de peu l'ambiance des Nuits Blanches de Visconti, que je devais voir quelques jours après. 

J'aimerais revenir un peu sur cet article  http://nahatzel.blogspot.fr/2016/10/le-viol-au-milimetre.html à propos du viol, parce que j'ai assez souvent l'occasion de devoir m'expliquer là-dessus, donc autant renvoyer à l'article. Si vous brûlez les pieds de quelqu'un avec de l'eau chaude, vous lui dites " Allez, ne fais pas l'enfant, ce n'est qu'un peu d'eau chaude". Si vous violez une femme, vous lui dites " Allons, ce n'est qu'un bout de queue, il n'y a pas de quoi en faire un plat". 

Ce qui vous semble à hurler de protestation relève pourtant pour moi exactement de cette même attitude intellectuelle qui vous fait proférer la première formule sans sourciller. Dans les deux cas, la réaction de la personne est jugée à la même aune. Pourquoi, dans un cas, cela vous paraît-il insupportable ?

Je vous retourne alors la question : vous l'êtes-vous posée pour toutes les autres fois, où vous avez fait cette réponse à d'autres personnes ? Ce que vous ne supporteriez pas qu'on répondît à une femme violée, combien de fois l'avez-vous dite à d'autres ?

Là, vous allez me sortir la sacro-sainte formule " C'est pas pareil". On ne peut pas comparer la brûlure de l'eau chaude sur les carreaux de la cuisine au viol d'un corps et d'une conscience, au mépris de ce " non " ignoré et gravé au fer rouge dans le souvenir insupportable. 

Je vous réponds, les yeux dans les yeux " Qu'en savez-vous ? " Que connaissez-vous de la souffrance de l'autre, de la nature et de l'importance de cette souffrance ? 
Rien. 
Vous usez de l'argument d'un petit groupe, qui considère généralement que, qui estime que, pour balayer l'argument de la main, et passer outre ce " non ". Mais de cette personne, de la violence que vous exercez, et de la souffrance que vous exercez, que connaissez-vous ? Rien.

Un violeur, au moins, entends-les cris de sa victime. Il sait la douleur qu'il provoque. Vous, vous priez qu'on se taise, qu'on souffre en silence, vous niez la violence que vous provoquez. Celui ou celle qui la hurle, sa souffrance, vous en faites un délinquant, un " qui dérange", un méchant, un qui crie, un bourreau, un qui se-met-en-colère....

Hé oui, c'est cela, cette colère là quand elle ressort, elle est visible, on peut appeler les flics, le méchant s'est réveillé, sus au monstre, le bourreau nous menace, il nous fait peur, il faut terrasser le dragon...

Si on veut éviter tout cela, il vaut mieux filer doux, se taire, passer sur la souffrance et les humiliations, " faire comme si", faire bonne figure, faire la bonne fille, qui continue, si, si tout va bien.  Dire un viol, c'est remettre toute la société en question, c'est être seule contre tous, l'énorme masse de la foule qui fait consensus pour s'en servir comme outil de ferme-ta-gueule, et fais ce qu'on te dit.

Vous violez des enfants, des jeunes, des adultes, à longueur de temps. 

Et le " on ne ne peut pas comparer", en fait, recèle le centre de l'acte du viol. La négation de la souffrance de l'autre doit préalablement être acquise. Et la négation de la souffrance de l'autre, c'est la récusation de son échelle de mesure. Si un grand brûlé vous dit de ne pas lui mettre un drap dessus, vous respectez. 
Si une personne vous demande de ne pas être soumis à la vue d'excréments d'animaux, vous allez répondre " Faut arrêter, c'est juste un petit peu de merde, c'est juste une petite odeur". " C'est juste un bout de bite"....Et le " Tu fais tout le temps des histoires pour rien", n'est pas loin, et le " tu nous ennuies " du retournement de la victime en bourreau non plus.

Car le problème de la récusation de l'échelle de jugement, il vient de l'incapacité à concevoir que l'autre puisse réellement souffrir de ce dont je ne souffre pas. Cette limite intellectuelle, comme toutes les autres ancrées avec l'éducation, est impossible à franchir par la plupart des gens.

Ce que je considère comme n'étant pas dans le domaine des possibles n'existe pas, ne peut pas se présenter à la possibilité d'exister. Cette certitude a été intégrée si profondément, qu'il suffit de présenter quelque chose ou quelqu'un comme " hors normes" pour que son image s'affadisse, vacille, et que son existence même soit mise en cause.

S'il n'est pas possible d'être comme ça, alors il n'est pas possible d'être tout court. Tu es différent de moi, donc tu n'existes pas. Éliminer la différence devient une simple entreprise d'hygiène, comme on taille les branches mortes. On fait à nouveau cadrer la réalité avec ce qu'on en voit. On supprime les doublons qui brouillent la perception claire de la réalité.

Bon, je mets ça dans un coin, on y reviendra. Mais ça se tisse avec le reste.

samedi 7 janvier 2017

Mille et une façons d'être coincée

Certains des individus qui font partie de ce qu'on appelle l'homme (au masculin) voient parfois le sexe comme une arme; ou disons l'usage de l'outil en métaphore de la guerre. Ainsi le vainqueur sodomise-t-il le vaincu, quelle que soit la part que ce dernier met de soumission ou de plaisir, ou de mélange des deux, dans l'accomplissement. Donc, consenti ou pas, le vainqueur sodomise le vaincu.

La femme, qui ne dispose pas a priori de quoi sodomiser, n'a guère, topologiquement parlant, d'autre choix que la position du vaincu, quelle que soit la part de plaisir associée à la soumission. Son parcours de vainqueur ne dure que le temps qu'elle peut faire durer son " non " et les conditions auxquelles elle l'assaisonne. Et même si, contrairement aux apparences, elle reste intacte.

Sachant qu'une autre limite que celle du viol borne son " non ", c'est que, pour peu enviable que sa place paraisse, en période de disette, il s'en trouvera toujours d'autres (femmes) pour la lui prendre. Ce " non " qui lui servait de monnaie d'échange perd alors de sa valeur, rétrogradant la femme qui en use au rang de second choix.

Bien. Je continue en fait ma collection de " Sinon en se radicalisant...", qui fait, que les choses étant ce qu'elles sont, se situer dans le cadre des rapports hétérosexuels traditionnels revient un peu à s'empêtrer dans une aporie. Je pense que c'est ce que pressentent certaines femmes qui baissent les bras, ou font demi-tour devant le combat.

Mais également que cette barrière peut motiver une accélération de certaines autres pour franchir l'obstacle. Comme une fusée doit aller suffisamment vite pour s'arracher de l'orbite d'une planète qui l'attache dans son champ de gravité, il y a peut-être un moment où l'homosexualité s'impose aussi comme un moyen de faire baisser le nombre des variables. 

Bien. Ceci dit, je m'aperçois que je me complique la tâche, mais c'est normal, c'est dans mon contrat. 

" Marrant de faire aujourd'hui le départ entre ce qui était confondre son histoire et celle du monde (ne pas savoir s'en dépêtrer), ce fatras de texte, et tout de même, au milieu de, dans et derrière tout cela, les éléments qui sont restés depuis. La question devient du coup, quel est le départ possible entre des deux faits, non incompatibles, disons dans quelles proportions... " est un commentaire qui devenait trop long pour cette vidéo.

N'empêche que la question se pose.  Comment être (devenir, rester) une femme depuis l'intérieur de la Femme ? la société nous propose diverses solutions selon les cultures. La maternité en est une communément adoptée.

Prenons le motif de la rue en n&b dans mon oeuvre. Maintenant que je la vois en rétrospectif, est-ce que je me dis " Tiens, ce motif était déjà là, et il est aujourd'hui encore là, donc...", ou bien est-ce que je me dis " Pour des raisons x, il s'est trouvé là, mêlé aux briques de fondation, donc il s'est trouvé mêlé à l'histoire, donc en réutilisant la matière, en regardant ces pièces, ou encore en bâtissant par dessus, je me suis trouvée le réemployant, et se dessine alors la lignée, faisant d'une ligne (deux points de présence) une lignée, puis une destinée, assignant un rôle à ce qu'on retrouve, mais par le simple fait qu'il était là. 

Peu importe, en fait, ce qui m'intéresse, c'est que l’œuvre foisonne et produit désormais ses propres thèmes de réflexion. J'espère que c'est l'annonce de la phase III du délire, la seule où je serai véritablement heureuse comme Bouillavec.


Autre chose, les mots-clés qui ont amené les visiteurs sur le Pêle-Mêle : " serviette de plage swag ", " porno chic"... :) Remarque, c'est le truc à faire, tu prends les mots clés les plus demandés sur G, avec les trends, et tu en farcis tes pages :D

D'ailleurs, c'est marrant aussi ça :


J'ai eu une erreur là-dessus comme si j'avais fait une tentative pour surimposer une chose sur la même, déjà existante, a day around the night quoi. Ce concept sur lequel la vilaine Guillemette avait récidivé, mais j'y reviendrai, ne croyez pas.



" Un mois quotidien... Seigneur, donnez-nous notre mois quotidien".

Non, en fait ça a l'air simple dit comme ça, mais la situation est compliquée. Je dirais qu'elle se complexifie de jour en jour, pour des raisons très simples. Elles se déposent en nous, jour après jour.

Elles se déposent en tas bien ordonnée, mais n'empêche que je suis coincée. Elles n'augmentent pas en écheveau, non, elles se déposent bien par catégories. Elles dessinent leur catégories sans problème. N'empêche. Même si elles se posent de façon bien rangée, bien ordonnées, ces questions, elles posent problème.

En plus l'ami Kwarkito m'a remis une couche avec sa photo. On m'avait demandé de faire une sélection de films pour les vacances. Ce serait projeté à des jeunes. Ce que je voulais qu'ils voient. En fait, ça s'est soldé par rien. Nada, nichts, que dalle. Un temps, je fus (aspect sécant) agitée par la nécessité qu'ils voient les Marx, les Tati, les ceci, les cela, je n'en ai plus rien à faire. 

N'espérez pas que je me range à un quelconque prêche sur la nécessité de ceci ou de cela, ou sur le diagnostic de dépression ou ceci ou cela. Il n'y a aucune raison de ne pas dynamiter ces situations à la con par le rire, pour se dégager du piège où des années d'abdication et de passivité nous ont menés.

Et même il y a des tas de raisons sociales de le faire. On me dira de me taire, comme d'ab, et de simuler. Je résume maintenant cela par " l'effet Père Noël ". Il faut avoir l'air toujours tralala youpi comme disait une de mes ex (pour ceux qui ne le sauraient pas encore, je préfère les femmes, en plus, mais bon, inutile de m'envoyer des propositions de ce côté là non plus). 

Et ce essentiellement pour que les jeunes croient le plus longtemps possible au Père Noël. Franchement, aussi jeune que je me remonte, j'ai toujours aimé les gens dépressifs, ils sont vraiment chiants, et le ciel paraît plus bleu quand on les quitte. Les gens heureux m'intriguent je me demande toujours où ils trouvent matière à se réjouir dans leur vie de merde. Et lorsque j'ai compris que c'est parce qu'ils sont aveugles et sourds, je sors de leur vie sans qu'ils s'en aperçoivent. 

Eh bien non, au contraire, il ne faut pas laisser les jeunes dans le désespoir que le monde ce n'est que ça, que c'est limité à ce que les vieux cons ont construit, le parpaing, le mousseux et le plastique, le chiant. Oui, il y a la pierre, le bois, le rire et le bon vin, c'est une question d'endroit, et surtout de gens. Il suffit de se barrer de ce voisinage, et le monde redevient normal.

De toute façon, il n'y a de vrai éclat de rire que dans le malheur. Quand tu vois ce genre de scène, par exemple. La misère de la scène initiale constitue l'explosif auquel le rire de BP mettra feu. Bon so much pour celui là, j'ai l'impression d'avoir tourné une scène où je jouais à la fois les mousquetaires et les soldats du roi, épuisant.

L’œuvre frissonne, elle est rude, la toile contre ma peau. Mais j'aime ça. Évidemment, vous n'avez qu'une moitié. Et encore une moitié. Un morceau, une tesselle. D'un autre côté, cela m'est égal. Ton regard me tue. Cela ne sert à rien, il n'y a plus de remède. A un moment, ç'aurait été la foule. Puis un fan club, puis toi. 

Maintenant rien. Attendre. Tergiverser. Donner le change. L'art de l'esquive, je suis passée maître (j'ai bien été maître de conférence). Reste à passer les degrés suprêmes, devenir réellement invisible. L'aboutissement ultime.

Et puis un truc curieux. Je tombe sur cette image :



Assortie de ce texte :

 Nature in her forge

(Roman de la Rose vv. 15897-15905: 'Nature, whose thoughts were on the things enclosed beneath the sky, had entered her forge, where she was concentrating all her efforts upon the forging of individual creatures to continue the species. For individuals give such life to species that, however much death pursues them, she can never catch up with them.' – transl. F. Horgan) 

Roman de la Rose, Bruges ca. 1490-1500 (BL, Harley 4425, fol. 140r)

Et là, comme un éclar, la certitude d'au moins la possibilité de l'existence de ceci. Sinon, avouons-le, de l'existence. De quoi ?

D'un univers où le processus ici décrit concourt à la réalité que nous vivons. Mais comment cela " concourt " ?

C'est à dire que le monde que nous vivons est bien le produit du processus décrit par cette image et ce texte. Mais, il y a un processus de " rattrapage". La conscience de cet état de fait nous serait insupportable. Epistémologiquement, même à la plus haute antiquité, il nous aurait été insupportable de prendre pour réalité que ce genre (avec une moue) de processus pût donner du monde naturel en sortie.

L'autre type de rattrapage est pire encore, si l'on veut. Il consiste à dire que tant que cette dame n'arrive pas à forger correctement les enfants et les espèces, un autre mécanisme, plus raisonnable, vient en secours.

Je sais combien cela peut avoir l'air sauvage, comme pensée. Mais cela ne m'étreint pas avec cette force s'il n'y a quelque chose à trouver. Vous pouvez vous rasseoir.


samedi 10 décembre 2016

Heures amères et ombres douces

Impossible de se tenir, et pourtant j'en ai envie, sur cette crête.

Laquelle ? Entre la narration et la poésie. Un peu comme un avion, soit il roule, soit il vole. Il faut choisir entre les deux régimes. Et pourtant j'aimerais. Pour pouvoir raconter...

J'ai fait un rêve, plusieurs même, avec des avions. Dans le dernier, nous étions dans un immense avion, qui volait, plusieurs jours. Et on changeait d'avion à l'intérieur même de cet avion. L'hôtesse venait vous réveiller, on marchait dans une pénombre bleue, et tout le monde chuchotait pendant que l'hôtesse vous guidait dans les couloirs de l'avion géant. A coté de vous, la valise suivait dans une sorte de rigole. On vous invitait à vérifier de temps à autre. Et puis on entrait dans un nouvel avion, toujours dans cette pénombre bleue et dans le silence, comme on entre dans une salle de cinéma où le film a commencé. Vous entrez dans l'avion pour Madrid, qui va bientôt se décrocher du grand avion qui sert de plate-forme d'échange, tout le monde dort, vous vous endormez.

Non, ce n'est pas cela que je voulais décrire. C'est comment, après m'être crue si forte, après avoir écrit des pages et des pages de correspondance amoureuse sur le cas, il a suffi que je réécoute certaine musique pour être effondrée en dix secondes. C'est à dire toujours aussi vulnérable, après des années. Rien n'a changé, tout est toujours là, intact. 

Je croyais avoir largué le paquet, l'avoir vu s'écraser au sol, ne plus attendre rien de personne. Et là, bim, détruite en dix secondes. Comme si rien n'était arrivé, comme si cette attente durait, dans une immobilité éternelle, depuis, comme une veille comme une chandelle dans une pièce ou personne n'est entré. 
Je sais maintenant que c'est ce qui m'attire dans une pièce qui figure souvent sur les Annonciations, la chambre de Marie, vue plus ou moins largement, à travers une porte, ou une ouverture plus grande. 

Comme si rien de ce qui s'est passé toutes ces années n'avait servi. Je récuse tout espoir, je récuse toute perspective, je décourage les plus entreprenants, je dis que ce n'est plus de mon âge, et ce que j'attends est plus enfantin qu'une Thérèse, Seigneur. Plus enfantin, entendons-nous, pas dans la tiédeur, non au contraire dans l'absolu. Je n'irai plus sur le terrain de l'unité (fusionnelle, perdue et recherchée), pour ceux qui voudraient me tirer par là, j'ai déjà écrit là-dessus.

Non, un départ aussi soudain qu'entier, au sens étymologique du terme, un départ radical d'avec ce qui composait jusqu'ici le quotidien, un déracinement irréversible. Mais basé sur une longue, très longue expérience du silence. Évitant le mot de trop, la parole se tient toujours au delà du silence (Bonnefoy), elle a sauté le pas.

Je partirai donc seule. C'est aussi incroyable que le reste. Tous les soirs, je pars seule. Je pars pour le plus radical des départs, le départ dans le silence. Celui d'où toute explication a été bannie. A moi seule, cet instant où je rejoue toujours la même scène, celui de l'acquiescement tacite, et de l'accord sans verbe, sans proposition, sans réponse puisque sans question préalable. 

L'évidence, voilà. Non pas la fusion enfantine, non, l'évidence au contraire de ce qui est après, de ce qui nous attend. Si semblable en ses couleurs hélas semblables. C'est ma tombe que je vais fleurir à la Toussaint, en quelque sorte, pour qu'à force, ces fleurs aient quelque couleur. 

J'ai tellement espéré cet amour là. Non ce n'est même pas cela. Ce n'est pas que je l'ai espéré comme une femme qui guette son marin au retour, du bout de la jetée, non, c'est que tout était toujours à côté. Cette évidence, qui est devant nous, là, et qui promptement, dans la vie devrait nous conduire au silence, que nous n'osons faire que dans les films et pour les grandes tragédies nationales. 

Mais on devrait le poser tout le temps, ce bruit, comme on pose un revolver. Souvent j'ai failli fuir à l'improviste, au détour d'un ascenseur, nulle par, disparue nulle part. Partie sans un bruit dans la nuit, pour n'être enfin plus à côté, mais dedans, en plein dedans, dans le sillon du plus pur des hasards, là où j'occupe enfin réellement le peu d'espace historique que je suis, rien. 

Sans doute la raison de ces passages d'In the mood for love où ils sont dans la voiture, mal à l'aise. Finalement, c'est encore trop de fuir à deux. Il faut être deux pour fuir, mais pas longtemps, après le piège se referme, comme la mer sur Moïse. 

Bien.. 

Mais il a fallu tout cela pour ça. Que j'arrive à regarder en face ce qu'il faut bien pourtant appeler non pas de l'amour, mais l'amour. Il faudra peut-être que je le traque jusqu'à être capable de le filmer, ça, capable de le foutre dans une boîte et qu'on n'en parle plus.

C'est peut-être ce que j'aime dans les films comme La Salamandre, c'est que coincée par la vie, l'héroïne ne peut fuir en long, pour de bon, dans une grande ligne droite : elle est toujours ramenée à la case emploi, logement... Mais elle fuit en permanence. Dès que se présente un bout de ligne droite elle fonce, et dérapant de biais par rapport à la situation, elle est toujours à côté sans être très loin.

C'est marrant, cela me fait repenser à L'Étrangleur de Paul Vecchiali, où tout le monde dérape de sa place, l'assassin, le flic, la midinette..

Bien....

" Une parole si expressément close que toujours au bord du néerlandais". Ouais, bon, ok, celle-là mais bon. Elle serait peut-être plus drôle avec du finlandais. Il paraît que c'est terrible le finlandais. J'avais un copain finlandais, il me disait qu'avec sa copine ils se parlaient en anglais tellement ils trouvaient leur langue maternelle affreuse  !

Il faut que je me surveille, ça devient très popote, ce blog, on s'y tutoierait bientôt.

mercredi 23 novembre 2016

Zone de largage

C'est marrant ça :


#WeAreNotWaiting: Diabetics are hacking their health, because 

traditional systems have failed them (PDF download)

Diabetics have been waiting for years for better technology to manage their condition. Some got tired of waiting and hacked together an open source hardware and software solution. This is their story.
C'est marrant parce que 1 c'est sympa de se mettre à plusieurs pour bidouiller un open-source pour sa communauté, mais aussi parce que je me demande de combien ça précède le moment où de semblables communautés, lassées de voir la sécurité sociale ne plus pouvoir payer leur médicaments, vont hacker, méchamment cette fois, les bases de données des labos pour pouvoir se le fabriquer @home.

Sinon, à propos de mes images et vidéos, je cherche souvent la lumière de la lune. La lumière de la lune a dans mes rêves bien des tonalités, particulières. En cherchant à reconstituer les sujets qui évoluent sous cette lumière, j'espère retrouver la couleur et la nature exacte de cette lumière.

J'en ai entendu parler dans l’Écriture du Désastre sous cette forme :  "Quand tout s'est obscurci, règne l'éclairement sans lumière, qu'annoncent certaines paroles. " et d'autres fragments qui parlent de la lumière.

Je sais que par là je me leurre. Je me tiens dans le leurre du seuil de mon mensonge, mais je le sais. Je sais que c'est mon ressenti de cette lumière qui lui confère cette qualité.

Mais peu importe, vous souffrirez que je continue.

 A propos de la culpabilité, j'y ai repensé en écoutant l'émission de France-Cul sur Baudelaire, oui, c'est vrai qu'elle est présente, souvent, sous une forme ou une autre. Sous la forme de l'expiation, elle s'exprime. C'est à dire que les tentatives pour la combattre ne font que la révéler.

Ces tentatives ne sont pas forcément de l'ordre du construire, mais du désœuvrement, pour reprendre un mot de Blanchot. Par exemple, entraver la réalisation d'une œuvre, rendre son développement imparfait, ou la ruiner carrément en cours de réalisation, dont des manifestations de la culpabilité.

De quoi ? De tout, d'exister alors qu'on ne fait que mourir, d'oser créer pour tenter de dissiper le malentendu et ne faire que l'aggraver en perdant ainsi une vie rendue d'autant plus brillante. De tout.

Il est vrai qu'ayant eu à côtoyer récemment un spécimen de poète, il faut dire la chose suivante on associe automatiquement le poète à un être qui a une grande empathie pour le genre humain, mais ce n'est pas une donnée immédiate de la conscience 

On voit le poète comme un ami de l'homme, un humaniste, le frère de tous les autres, des souffrants, des opprimés, des clochards et des victimes, mais ce n'est pas forcément le cas. J'ai rencontré le week-end dernier un poète qui voue à l'humanité une bienveillante indifférence. Le sort des opprimés, et des gens en général lui est totalement égal. Il est vrai que, vu de sa planète, nous ressemblons à un tas de fourmis qui s'agitent pour des objectifs totalement ridicules.

Il est vrai aussi que quand on l'entend parler de son art, on comprend qu'il n'ait aucun intérêt à " donner de la confiture aux cochons ", comme il appelle le fait d'exposer. Vous voulez le faire mentir " Si, si, moi, moi, M'dame ". On dirait les enfants à l'école...

C'est peut-être dû au fait que c'est un ancien parachutiste. Mais le reste est plus à sa place dans Alerte rouge, à cause de son caractère ronchon.

Bref, toujours est-il, et ceci est maintenant à l'attention  de ceux qui veulent mon bien et pensent que je me fourvoie. Votre attention est touchante, et votre inquiétude légitime. C'est juste que vous vivez dans le monde post WWII car c'est l'unité de mesure normale de l'hystérésis de la conscience, compte-tenu du fait qu'on est élevé par des gens qui ont les idées qu'on leur a inculquées à eux-mêmes quelques vingt ou trente ans auparavant. Vous ne réalisez pas (et heureusement) que vous lisez le monde avec une grille héritée de vos grand-parents, et donc qui a au mieux un demi-siècle.

Mais je n'ai plus le temps, désolée. Cassandre court maintenant à travers le palais. Longtemps je dénoue des écheveaux, pour savoir combien de temps le psychisme humain peut résister à la tentation du nœud gordien, c'est à dire à une solution qui malgré ses nombreux dégâts, amène un soulagement rapide. Cette configuration est inscrite dans la psyché sous le nom de Thanatos.

C'est une petite fête, mais c'est trop tard hélas, le désastre est en marche, et je courrai jusqu'à la fin, comme une qui cherche où sont les points d'eau alors que tout brûle déjà, comme si moi aussi j'étais née dans un temps qui aurait permis d'éteindre l'incendie.

Ce qui m'étonne quand je lis les plus anciennes inscriptions de l'humanité, c'est qu'aucun mouvement de pensée ne me soit étranger. Tout est comme il y a 5000 ans. On me dira : " un peu moins de pensée magique", mais peu importe, ce qui reste c'est qu'elle s'exprime dans les mêmes termes, et surtout selon les mêmes figures de pensée, lesquelles me sont toujours aussi accessibles, sans l'ombre d'une traduction nécessaire...

Mais tout de même. Tout de même...


samedi 5 novembre 2016

Infiltration

Je poursuis quelques expériences scientifiques, expériences de pensée, naturellement. Suite donc à cet article, je me demandais quel peut être le sens de parler d'une surface en 2D courbe, à l'intérieur d'un espace 3D. Tout le monde voit ce que c'est, et de toute façon, nous ne saurions faire autrement. Nous sommes bien obligés de parler depuis l'espace 3D où nous sommes placés.

Bien. Avant de revenir à ce qui est donc une réduction, par la pensée, du nombre de dimensions de l'espace, je vais repartir depuis l'autre bout, à savoir construire l'édifice des dimensions " ex nihilo ", en quelque sorte. 

On nous présente parfois une dimension " supplémentaire " comme l'acquisition de la capacité à " plier " l'espace de façon à se rendre d'un point à l'autre en ligne droite. Mais on pourrait imaginer que l'espace reste droit. 

Par exemple, dans le cas l'acquisition de la seconde dimension, au lieu du traditionnel schéma présentant la droite D pliée pour permettre le passage d'un point A à un point B:



Nous aurions alors :
Je vous laisse imaginer la même chose pour le passage de 3 à 4, sauf que je n'utilise pas le temps. je suppose l'existence d'une dimension spatiale 4, qui est à l'espace ce que le plan est à la droite, ou l'espace au plan. Cette dimension permet de passer d'un endroit à l'autre de l'espace. Et ce de façon " invisible " pour un opérateur ne disposant pas de la quatrième dimension.Qui voit ainsi l'objet " disparaître " en A, et " réapparaitre " en B.sans avoir été détectable sur le segment. (1)

(Ceci peut aussi se voir lors de deux droites sécantes. Le point d'intersection " court " alors le long de la droite de référence).

La vilaine Guillemette a commencé d'explorer ce que pouvait donner l'irruption d'une dimension dans les autres lorsqu'on voit les choses ainsi.
En effet, si  c'est clair pour les dimensions 1 --> 2, cela devient plus complexe pour le déplacement dans un plan.

Mais imaginons déjà ce que pourraient être ces " irruptions". Pour une droite dans un plan, c'est un point. Quoique si on se réfère au fameux " plan de 5 cm d'épaisseur " évoqué ici, on pourrait avoir un segment de droite qui apparaît dans l'espace.

Un plan non parallèle à un autre donne une droite. Si le plan " intrusif " est en mouvement de bascule par rapport au plan de référence, la droite va changer éventuellement de couleur, par exemple, et se déplacer. Si c'est une bascule avec rotation, elle peut seulement changer de couleur etc.

Changer de couleur, au fur et à mesure que défile la tranche de la carte, je veux dire. Mais je ne suis même pas sûr qu'elle apparaisse en entier.

Maintenant, un peu plus compliqué, et permettant d'introduire la notion de " place ", imaginons deux plans, l'un de référence à 5 cm plan totalement vide à l'exception d'une carte à jouer. Si la carte est introduite " par la pointe " dans le plan, alors les Flatiens (modulo 5 cm) verront un point, puis deux, puis trois, c'est à dire un segment qui grandit par le centre, puis une carte à jouer sortir de nulle part, atteindre 5 cm de haut, et disparaître par le haut tandis que la pointe ressort par le sol à un autre endroit.
 

Compliquons encore l'affaire et imaginons un solide en 3D dans un espace vide dans les dimensions 4, 5, et 6, qui vient faire irruption dans notre espace aux dimensions 1, 2 et 3.

Ceci signifie que de même que les Flatlanders ne peuvent pas percevoir un plan parallèle au leur, nous ne pouvons percevoir des objets dans un espace 3D " parallèle au nôtre". C'est à dire qui ne partage aucune des trois dimensions avec nous, de même qu'un plan parallèle à un autre ne partage avec l'autre aucune de ses deux dimensions.

Revenons un instant à la droite D ci dessus, rouge. Imaginons une droite sécante bleue. Le point d'intersection sera-t-il vu bleu ou rouge par les habitants de la droite D ? Mais que devient le point rouge que le bleu a " poussé " pour se mettre à sa place ?

Les points de la carte à jouer seront vus par les Flatlanders sans doute, mais que deviennent les points du plan de référence, qui étaient là avant d'être " poussés " par les points de la carte ?

Cela ressemble à de la provocation, puisque les gens vont répondre que les points sont " remplacés". C'est moins drôle si on revient maintenant à la 3D. Si un solide prend la place des points de mon corps lors de son irruption, vais-continuer à vivre ?

Il n'est pas impossible en effet que ce soit " les deux à la fois". Certains des points de mon corps vont se pousser pour laisser place aux remplaçants, et d'autres vont " faire de la résistance", refusant de céder la place.

Sinon, j'aime bien, ça :

Ceci permet par exemple de poser :

Il n'y a ni " quelque chose", 
ni " rien".

La présence, notre présence, elle-même, n'est pas, elle " se produit ". Comme les étincelles apparaissent au choc de deux pierres qui n'existent pas.

C'est dans LCB et ça date de 2014. Je pense que c'est parti de l'opposition formulée par " Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? ". En fait il n'y a ni l'un ni l'autre. C'est comme si on disait :" Pourquoi y a-t-il des gens malhonnêtes plutôt que des tasses de café ? "

Je note une autre observation. Imaginons que je plonge une sphère dans un plan.

La sphère va-t-elle évacuer le plan exhaustivement, poussant ses points comme un ballon plongé dans l'eau pousse les molécules d'eau ?

Si oui,le plan va-t-il opposer une résistance, comme l'eau au ballon ? Les Flatiens verront alors une barre dont on peut dire qu'ils ne pourront pas entrer dedans, comme nous ne pouvons entrer le doigt dans un cercle en bois en appuyant sur le bord.

Mais les Flatiens savent-ils différencier un cercle d'une ellipse plongée ? Oui, s'ils ont un point de repère fixe absolu qui permet de se situer dans leur plan, comme la balise devant N..-D de  Paris pour les cartes routières.
Ils peuvent ensuite baliser leur espace avec un repère orthonormé, centré sur ce point.

Mais les points poussés par le ballon ne viennent-ils pas perturber les différences mesurées sur ce repère ?

Bon, je bosse l'histoire des dimensions et je reviens.

(1) Même si le passage bleu paraît plus long en distance, les retrouvailles en B se feront simultanément. Donc le trajet bleu se fera avec accélération puis ralentissement. Les deux trajets mettront donc le même temps pour se faire. C'est la devinette de la mouche et du cheval : " Un cheval fait un trajet AB, pendant ce temps, une mouche lui tourne autour de la tête en cercles de 1 m de diamètre. La mouche et le cheval vont à la même vitesse, la mouche part en même temps que le cheval, elle s'arrête en même temps que lui. Si le cheval fait 10 km en une heure, quelle distance a fait la mouche ? Comme elle chemine le même temps que lui à la même vitesse, elle a parcouru la même distance.