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samedi 12 mars 2016

La Chute, version hystérique

Si j'ai bien entendu Etienne Klein, on peut supposer que le fœtus, au moment de sa naissance, éprouve une sensation d'accélération, puisqu'il ressent pour la première fois la force de gravité terrestre.

Ceci doit se produire au moment de la rupture de la poche des eaux, laquelle précède de quelques minutes à quelques heures le commencement du transit du corps du nourrisson.

Il doit donc se sentir à ce moment là " écrasé " contre la paroi utérine, et ce d'autant plus que les contractions le poussent vers la sortie.
Mais il est écrasé contre le plancher par une force qui le tire " vers le haut". Comme dit Klein, c'est comme si un Titan tirait le corps de sa mère avec une ficelle vers le haut. Ce n'est donc pas une chute mais ce que ce ressentent les parachutistes à l'ouverture de la voile, cette sensation rendue visuellement par les caméras.

Ceci m'a rappelé une image curieuse qui me vient parfois. C'est la sensation d'être comme une personne située à l'intérieur d'un puits, perchée sur une minuscule margelle qui fait saillie à l'intérieur du tunnel. La personne est dos à la paroi du puits, dans une situation assez inconfortable.

En effet, soit elle se tient, le plus possible, plaquée contre la paroi pour éviter de tomber, soit elle abandonne le combat et se laisse tomber dans le vide.

Cette image me semblait parfois refléter la situation de notre psyché, qui habite la paroi intérieure de la peau, et regarde l'intérieur de l'être, c'est à dire le vide inconnu de l'obscurité sans fonds.

La psyché connaît cet épisode et sait qu'elle est " remontée" une fois de ce fonds, pour constituer son être, de cette première chute ex utero. Véritable baptême qu'on voudra faire revivre à l'enfant. Lors de cette catastrophe initiale de la naissance, le ressenti de la chute a coïncidé avec un bouleversement tel des repères biologiques du fœtus qu'on peut le comparer à une sorte d'anéantissement du monde extérieur, donc du monde. En gros, une mort.

Par la récupération progressive des repères biologiques (espace par la vision et la posture), par les expériences de défusion que l'on sait, l'individu va alors " récupérer " sa sensation d'être et constituer son sujet.

Il va alors constituer le petit surplomb qui permet à son être psychique d'habiter son corps, de se ternir à l'intérieur de la paroi de la peau, de la paroi du puits. Pour cela il va coordonner et articuler le sensoriel pour constituer ce " support ontologique".

De là, deux possibilités : soit le sujet plaque le plus possible le dos à la paroi, il habite son corps, mais il reste paralysé, figé par la peur de tomber (donc de mourir), et quelque part, il " vit immobile", paralysé par cette angoisse qui veille sur le moindre de ses mouvements. C'est ce qu'on appelle " l'instinct de conservation".

Mais il existe une autre possibilité, ouverte par la fascination exercée par le vide, fascination qui va grandissant lorsque grandit l'horreur de la certitude que, le corps faiblissant, on tombera de toute façon un jour dans le vide du trou noir, dans le néant, dans ce nouvel abolissement déjà éprouvé à la naissance.

D'où la tentation de sauter volontairement pour en finir, tentation latente à l'état de pulsion de mort, et mise en oeuvre dans le passage à l'acte suicidaire, qui consiste à prendre le taureau par les cornes, et à préférer affronter cette terreur quelques secondes, de la " prendre à bras " le corps, plutôt que de la subir plus longtemps.

C'est le côté ludique de la roulette russe. Le suicide d'appel, ou celui qui en appelle encore à la vie pour exiger quelque chose à propos de l'insatisfaction, diffère en cela il me semble de la fascination à rejouer cette expérience de la naissance en se disant " après tout, la dernière fois, ça s'est plutôt bien passé".

D'où la foi en la résurrection, cette vision de la mort comme un nexus, un siphon, un passage. Qui est effectué par un nocher, à travers l'élément liquide de la poche des eaux, le fleuve des enfers.

 Je sais que ce rêve n'est pas rare, voire très courant, d'une chute continue. Il faudra y revenir. Ce que je voulais dire ici, c'est que les deux possibilités ouvertes ci-dessus, la chute par épuisement physique, ou le saut par épuisement moral, pour échapper à l'anticipation dévastatrice de la première, ces deux possibilités donc peuvent être mis en regard de deux catégories de pensées.

L'erreur
et la faute.

Le simple énoncé des mots ne parvient pas à les désambiguïser. tant elles sont voisines. Mais l'on sait que c'est une faute et non une erreur, qui nous valut l'expulsion hors du paradis.
L'erreur nous vaut la chute, la faute l'expulsion. Pouvons-nous associer l'une au saut volontaire et l'autre à l'épuisement ? Pas facile...

Lorsque la vilaine Guillemette profère " Et si nous étions... l'Erreur", il veut dire que nous serions l'incarnation, la réalisation ontologique de ce qui ne peut pas arriver : la matière se contemplant consciemment en tant que matière.
En effet, il y a deux attitudes logiques : je contemple la matière, mais depuis une conscience qui est pur exprit, et crée la matière (Dieu, au hasard). Ou alors je suis la matière, et je ne le sais pas (le reste de la création). Mais il y avait une catégorie de la création qui résistait à l'instanciation, c'était l'Erreur. Pas d'erreur possible dans la création, c'eût été le grain de sable, qui rayait toute la mécanique.
A moins que, à moins de créer un être tout de matière, tout de chair, et conscient de l'être. La chose qui ne peut théoriquement pas être, et donc capable d'instancier la catégorie de l'Erreur.

A ce moment là, nous entrons dans la conscience, au moment où notre cortex est suffisamment organisé, par un plongement dans le monde en 3D orienté par la gravitation. Et nous y entrons par cette erreur de passer à la vie consciente.
C'est ensuite que cette erreur sera moralisée, en accédant au statut de faute, dans un monde moralisé, orienté par les gradients de la causalité.

D'où le statut de " faute ambiguë " du suicide. Certes répouvé par les instances morales, on le sait cependant de même nature que cet engagement primordial qui nous a donné accès à la vie par la conscience (la vie sans la conscience n'est que de la viande), qui a consisté à sauter dans le vide.

Au moment de la naissance, nous n'avons de toute façon pas la volonté psychique de s'opposer à la descente dans le toboggan, seul un choc traumatique peut verrouiller la psyché à l’intérieur de l'autisme.

Mais n'empêche que nous expérimentons là une sorte d'acquiescement primitif. Au moment de tomber, on met bien les bras en croix, on se positionne et on se prédispose à bien aborder des choses, ou alors on se recroqueville en fermant les yeux.

 Il serait intéressant de voir? en comparant à leur comportement durant l'enfance, si certains enfants ne " refuseraient " pas déjà la naissance en se présentant par le siège etc.

Bien. Du coup, je ne sais plus ce que je voulais dire.

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